Vendredi dernier à Armandie, en ouverture du Challenge européen, l’homme du match Agen/Zebre (45-10) était un joueur sans contrat : Yoan Tanga-Mangene. Le troisième ligne rayonnant du SUA doit se contenter à 20 ans du minimum : pas de contrat espoir, encore moins professionnel, une simple convention avec l’Académie SUA.

Il est arrivé là en toute discrétion, récupéré par Mauricio Reggiardo. Mais ne parlez pas de hasard. Quatre ans que le technicien argentin observait l’éclosion du flanker, né à Bondy comme Kylian Mbappé, éduqué au rugby à Tremblay en France puis parti en 2013 tenter sa chance à Castres. Approché à cette époque par les recruteurs du centre de formation du Racing 92, Yoann Tanga avait préféré ignorer les avances et mettre le cap sur le Tarn.

«  Le discours, c’était : « tu viens, tu fais la prepa et on verra »« 

« Je n’avais pas envie de rester sur Paris. Pourquoi ? Disons que je viens d’un milieu un peu chaud. Même si je m’imposais une discipline de vie, c’était mieux. Je suis arrivé à Castres alors que je rentrais en première : j’ai changé de monde. Mais je m’adapte facilement. Je ne connaissais personne mais j’étais hébergé au centre, je me suis fait des potes. » Et très vite, il s’est fait sa place.

Mauricio Reggiardo alors entraîneur de Castres et assidu aux rencontres des équipes de jeunes du club, n’a donc pas tardé à s’en rendre compte. Surtout, il n’a plus perdu de vue le numéro 6 : si Reggiardo a fini par quitter le CO, il n’a cessé d’aller voir les matches de son demi de mêlée de fils, Bernard coéquipier et ami proche de Yoan Tanga-Mangene.

Christophe Urios (manager du Castres olympique)

Christophe Urios (manager du Castres olympique)Midi Olympique

Puisque Castres ne semblait rien devoir lui proposer, Reggiardo est allé le chercher, l’invitant à passer un test en cours de saison dernière. Rien ne fut fait en cachette : le CO avait donné son accord pour cet essai. « Christophe Urios ne tenait pas à me garder. Je n’entrais pas dans ses plans« , résume le flanker. La belle fin de saison des espoirs castrais avec une finale de championnat n’a pas changé la donne. « Je n’ai pas été retenu… »

Il s’est donc pointé à Agen qui lui offrait une convention de formation et l’hébergement au centre. Groupe professionnel ou saison avec les espoirs, rien n’avait été défini. « Le discours, c’était : ‘tu viens, tu fais la prepa’ et on verra.’ Moi je n’étais pas inquiet. »

Nyanga, « ce grand frère »

Déjà habitué à l’exigence du monde professionnel puisqu’il s’entraînait régulièrement l’an passé sous les ordres de Christophe Urios, Tanga-Mangene s’est de fait, très rapidement mis au niveau. Témoins, ces trois apparitions en Top 14 dont deux fois 80 minutes (Oyonnax et Toulouse) et cette titularisation contre Zebre avec le statut de « homme du match« .

Reggiardo félicite, apprécie mais prévient déjà qu’il attend la suite… C’est que le technicien se fait une haute idée du potentiel du joueur, qu’il entend comparer à Serge Betsen et Yannick Nyanga. « Cela ne veut pas dire qu’il est à leur niveau. Mais dans son profil, il est entre les deux. A lui de développer son potentiel. »

Yannick Nyanga (Racing 92)

Yannick Nyanga (Racing 92)Icon Sport

Nyanga, une comparaison pertinente : le troisième ligne du Racing est né au Congo d’où est originaire le père de Yoan, qui pratiquait là-bas le catch avant de rejoindre la France en quête d’avenir professionnel. Les deux flankers sont entrés en contact et échangent régulièrement. « Je le considère comme mon grand frère« , dit Yoan, sensible aux conseils qu’on peut lui donner, lui qui a découvert seul et un peu par hasard, l’univers du rugby.

« Quand je suis arrivé dans mon collège, s’ouvrait une section rugby. J’ai passé des tests et j’ai été pris. Au début, je n’étais pas attiré. Mais j’ai vite accroché. Mon père et mes frères étaient plutôt centrés sur les sports de combat. » Yoan Tanga-Mangene a choisi de tracer sa voie. Le voilà désormais inspirant : sa sœur, Gabriella suit ses traces, talonneur du club Terres de France, elle a été sacrée championne de France U18 l’an passé.

Mais surtout le voilà récompensé. D’abord sur le terrain : occasion lui est offerte d’enchaîner et jeudi, il sera du rendez-vous face à Gloucester. « C’est la Coupe d’Europe, c’est une chance de jouer. Les entraîneurs nous font confiance. A nous de la rendre. » Et bientôt récompensé administrativement : les discussions sont en cours pour parapher un contrat de deux ans au SUA.

http://www.rugbyrama.fr/rugby/top-14/2017-2018/agen-yoan-tanga-mangene-l-autre-petit-prince-de-bondy_sto6369593/story.shtml

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