Ce n’est pas une révolution. Mais une évolution. Et c’est déjà ça de pris. La NBA a décidé de modifier le fonctionnement de la draft qui, chaque année, offre aux plus mauvais élèves de la ligue nord-américaine les meilleurs espoirs universitaires (et mondiaux désormais). Ce système, qui fait la particularité du sport américain, a été perverti par des franchises qui ont volontairement balancé leur saison (« tanké » dans le jargon) plus que de raison.

Les Philadelphia 76ers ont incarné par l’absurde cette dérive. Ces dernières saisons, la franchise de Pennsylvanie a volontairement laissé filer trois exercices de suite – pour un bilan global et infamant de 47 victoires et 199 défaites – afin de construire une équipe performante et bâtie sur une jeunesse supposée triomphante. Aujourd’hui, les 76ers ne sont pas encore une équipe que l’on qualifiera de compétitive mais elle possède quelques perles, telles Joel Embiid (3e choix de la draft 2014), Jahlil Okafor (3e de la draft 2015), Ben Simmons (1er de la draft 2016) ou Markelle Fultz (1er de la draft 2017), décrochées au prix de saisons sacrifiées.

Si Philadelphie n’a rien inventé et que le tanking est vieux comme la draft, les 76ers de Sam Hinkie, grand ordonnateur du plan de Philly et aujourd’hui sans poste, ont eu le tort de revendiquer la pratique haut et fort, et de l’étendre sur trois ans quand leurs prédécesseurs – plus raisonnables – limitaient leur « méfait » sur quelques semaines, voire plusieurs mois en fin de saison. Au printemps dernier, les Phoenix Suns, sans pousser le bouchon jusqu’à imiter les Sixers, avaient laissé leurs joueurs majeurs au frigo pour des raisons fumeuses et plus longtemps que la décence ne l’y autorisait. La lucrative et compétitive NBA n’a pas aimé. Et a mis les deux pieds dans le plat.

L’ultra-médiocrité moins récompensée

La réforme est passée cet été. Et a été approuvée par 28 des 30 propriétaires des franchises (avec une abstention). Le principe de la draft reste le même : à savoir, rééquilibrer la Ligue en « offrant » aux plus mauvaises équipes les meilleurs entrants en NBA. Mais Adam Silver et le board de la Ligue ont fait en sorte que l’ultra-médiocrité de certaines franchises ne soit plus forcément un avantage par rapport à celles qui luttent jusqu’au bout et essayent d’accrocher un strapontin en playoffs sans en avoir forcément les moyens.

Pour faire court et simple : quand la pire équipe de la Ligue avait 25% de chances de remporter la loterie qui définit l’ordre des choix à la draft annuelle, elle n’aura plus, à partir de 2019, que 14% de chances d’être l’élue (comme les deux autres plus mauvaises franchises). Par effet de balancier, une équipe qui aura joué le jeu jusqu’au bout sera moins désavantagée. Prenez l’exemple de Dallas cette saison : 22e bilan de la Ligue, les Mavericks n’avaient que 1,7% de chances de décrocher le gros lot. En 2019, à la même position, ils auraient 4,5% d’être les heureux élus. Ce n’est pas Byzance mais l’univers de Dallas aurait été un peu moins impitoyable.

Cette évolution du mode de répartition des balles de ping-pong est-elle le remède miracle contre le tanking ? Difficile à dire. Certes, les mathématiques ont le mérite d’être indiscutables : mieux vaut avoir 14% de chances d’être numéro 1 que 6%. CQFD. Néanmoins, pour changer la philosophie et l’appétit pour la « lose » de certaines franchises, c’est peut-être l’institution de la draft en elle-même qu’il faut remettre en cause.

Indiscutable depuis des décennies et faisant partie des temps forts de l’été, à l’instar de la free agency, elle ne fait guère plus l’unanimité. Stan Van Gundy, coach des Detroit Pistons, n’y est d’ailleurs pas allé par quatre chemins quand on lui a demandé de se prononcer sur le sujet. La seule manière d’éliminer le « tanking » du paysage NBA ? Donner un bon coup de balai à la draft. Ni plus ni moins.

Stan Van Gundy

Stan Van GundyEurosport

« Je m’en débarrasserais, a-t-il lancé au début du camp d’entraînement des Pistons. Laissons les franchises se débrouiller avec le salary cap. Laissons entrer les rookies comme des free agents. Si une équipe veut dépenser 50 millions par an pour un gars, c’est bien. Mais il faut juste respecter le salary cap. » La position de SVG a le mérite d’être claire. Mais faire entrer les jeunes basketteurs en NBA par cette voie ne déboucherait-elle pas sur un autre effet pervers ? A savoir envoyer les meilleurs dans les équipes les plus « bankables », vers les gros marchés aux dépens des petits.

Les prospects auront toujours plus d’attirance pour Los Angeles, San Francisco, Chicago ou New York que pour Minneapolis ou Indianapolis. Comme leurs aînés « free agents » qui privilégient les grandes villes aux petites. Seule exception qui confirme la règle au XXIe siècle : le retour de LeBron James aux Cavaliers qui, il est vrai, était au moins autant lié au sport qu’à des raisons sentimentales et à l’état civil du King, enfant de l’Ohio.

Ben Simmons

Ben SimmonsGetty Images

Numéro 1, ça ne sert à rien (ou presque)

La meilleure recette anti-tanking n’existe pas et ce n’est donc pas la réforme de la draft qui va l’enfanter. Les franchises NBA et leurs dirigeants devraient simplement se pencher sur les livres d’histoire de la ligue pour y voir plus clair. Et regarder, depuis l’introduction de la loterie pré-draft (en 1985), combien de franchises ont gagné un titre avec le numéro 1 qu’ils avaient récupéré.

La réponse est vite trouvée : en trente-deux ans, seules deux franchises NBA ont gagné un titre ou plusieurs titres NBA grâce à leurs « first picks ». Les San Antonio Spurs, avec David Robinson (draft 1987) et Tim Duncan (1997). Et les Cleveland Cavaliers, avec LeBron James (2003) et Kyrie Irving (2011). Une misère et peut-être le meilleur argument à donner aux « tankers ». Losers un jour, losers toujours.

http://www.eurosport.fr/basketball/nba/2017-2018/nba-pour-mettre-fin-au-tanking-faut-il-supprimer-la-draft_sto6368867/story.shtml

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