Le 15 août, tu disais dans la presse ne pas vouloir faire la saison de trop et que seul le Biarritz Olympique pouvait te sortir de ta retraite. Trois jours plus tard, tu signais au Stade Toulousain…

Au fond de moi, Toulouse reste un rêve de gosse. Je suis né là-bas, j’ai habité à Grenade-sur-Garonne. Depuis tout petit, je regarde et je bade le Stade Toulousain. Par rapport à cette annonce, je ne savais pas que trois jours plus tard, Ugo Mola m’enverrait un SMS en me demandant de les dépanner pendant trois mois. En deux jours, c’était bâclé. Je n’ai pas hésité et je n’ai pas réfléchi longtemps.

Il n’y a que Toulouse qui pouvait te faire sortir de ta retraite ?

Et le BO. On m’a souvent dit « Toulouse, ça ne se refuse pas ». Quand j’étais à Bayonne, il y a une année où Toulouse était intéressé mais je n’étais pas en fin de contrat. Ça n’avait pas pu se faire. Et là, ce n’est pas moi qui ai frappé à la porte en disant « je veux jouer à Toulouse », mais Toulouse qui est venu me chercher. Et pour moi, ce n’était que du bonus. Ma carrière est faite, je n’ai plus rien à prouver. Donc je viens pour amener de l’expérience et me régaler comme je le fais depuis quatre mois.

Doit-on te croire alors quand tu dis que c’est ta dernière saison ?

Ah non, là, je ne peux pas (il rit). Tout le monde dit que je vais faire une saison de plus, mais non. J’ai mon restaurant qui va ouvrir au mois d’avril (à Biarritz, ndlr). Je serai déjà absent d’avril à juin et il va falloir gérer, donc je ne ferai pas la saison de trop.

Qu’est-ce qui fait toujours courir David Roumieu ?

C’est cette passion que j’ai pour le rugby. Même si certaines valeurs se perdent à mon goût. Il y a cette envie de jouer et puis il y a un groupe vraiment extraordinaire, avec de jeunes et de grands joueurs. C’est le Stade Toulousain. Même s’ils n’ont pas fait une grande saison l’année dernière, ce Stade est en train de redevenir le grand Stade Toulousain. Sans s’enflammer. La venue de Didier (Lacroix) a fait du bien parce qu’il a fallu basculer après Guy (Novès), René (Bouscatel), ce qui n’a pas été facile. Après, il fait du bon boulot. Donc c’est vraiment l’envie de jouer au rugby. Et en plus, quand je vois les structures qu’il y a au Stade Toulousain… Pour avoir vécu dans d’autres clubs, je trouve qu’on est des privilégiés. Des enfants gâtés, même. C’est pour ça que moi, le vieux con, je leur dis aux jeunes cons (sic) qu’ils ne se rendent pas compte de la chance qu’ils ont vraiment. Parce qu’ailleurs, ce n’est pas comme ça.

Tu es entouré de beaucoup de jeunes. Certains n’ont que 20 ans. Que t’amènent-ils ?

Ce sont des gamins qui sont attachants. Les Marchand, Aldegheri, Baille, Galan ou Doussain, dont on oublie qu’il est encore jeune, font vraiment partie d’une belle génération. Ils ne se prennent pas pour d’autres. Ils sont travailleurs. Ils ont pris conscience de la chose, même si parfois il faut leur rappeler. Le petit Dupont, moi quand il né en 1995, je commençais à travailler. Et là, c’est une star. Et c’est bluffant de voir comme il est serein et comme il a la tête sur les épaules. Car à son âge, avec ce qu’il vient de vivre, on peut vite dégoupiller. Mais lui ne se prend pas la tête. Comme la première ligne Baille-Marchand-Aldegheri. Pour moi, c’est peut-être la future première ligne de l’équipe de France. Mais eux savent d’où ils viennent et ça, c’est très, très important.

Et toi, que leur apportes-tu ?

Ils m’appellent papy (sourire) ! C’est affectif et ça me fait rire. Ils sont à l’écoute. Sans me prendre pour un autre et dire « il faut faire ça ou ça », mais quand j’ai quelque chose sur le cœur, quelque chose qui ne va pas, je leur dis. Et ils m’écoutent. Que ce soit rugbystiquement ou extra-rugby. Toutes les petites conneries que j’ai faites étant jeune, j’essaye de leur dire de ne pas les faire. D’être bien entouré surtout. Parce que quand on est en haut de l’affiche, tout va bien. Mais dès qu’on arrête, il faut vraiment être bien entouré pour ne pas faire de bêtises. Car il y a beaucoup de rapiats autour qui essayent de profiter de toi.

C’est quoi la différence entre le jeune de 20 ans aujourd’hui et le jeune de 20 ans que tu étais ?

Je ne veux pas faire le vieux con. Mais bon, j’ai arrêté l’école à 14 ans, j’ai travaillé. J’ai été plombier, ferronnier, maçon. Donc je n’ai pas eu la chance qu’ils ont de pouvoir sortir de l’école et être professionnel. De bien gagner sa vie, vivre de ta passion, quand des gens se lèvent à 5h du matin pour gagner le smic. Ça, c’est dix fois plus dur. On est des privilégiés. Par contre, eux ne connaissent que ça. Alors les Ramos, Cros, qui font des études à côté pour avoir un diplôme, c’est très important. Parce qu’ils n’ont que le rugby. Moi, d’avoir travaillé avant d’être pro, c’est ce qui m’a fait avancer durant toute ma carrière. Parce que je sais que c’est dur. Surtout à l’époque où on est, où tout est de plus en plus dur. C’est pour ça que nous les vieux cons, on est là pour le rappeler. On sert à ça.

A voir aussi >> Boudjellal réagit à sa suspension: « On peut critiquer Dieu mais pas les arbitres »

« L’humain ne compte plus. Ça m’fait chier »

As-tu le sentiment d’avoir vécu deux rugbys ?

Oui. Certaines valeurs se perdent. L’argent fait que ça devient vraiment un milieu professionnel. Et ça, ça me gêne. Car maintenant, on peut avoir un contrat de trois ans, si on n’a plus besoin de toi, on te fait le chèque (il tape dans ses mains pour illustrer l’idée du débarras) et tu t’en vas. L’humain ne compte plus. Ça m’fait chier… Et je ne vise pas que Montpellier, où il y a eu un épisode comme ça. C’est le rugby actuel qui est comme ça. L’argent, c’est l’argent, bien sûr qu’on ne crache pas dessus. Mais il y a certaines façons de faire les choses, plutôt que de dire « on n’a plus besoin de toi, on te paiera tes quatre ans de contrat ».

On ne fait plus la bringue dans ce rugby-là ?

Non, c’est faux ça (il éclate de rire). Je peux en parler parce que moi, dans ma carrière, je n’ai pas souvent bringué. Parce que j’ai dû me « fabriquer ». Mais je me rends compte qu’à mon âge, aller boire un coup avec les mecs et sortir, ça fait partie de la vie ! On parle souvent des Blacks pour leur rugby, mais je pense que ce sont des mecs qui vivent et qui parfois font la bringue. Et ce n’est pas pour ça qu’ils ne sont pas bons sur le terrain. Bon, après, te prendre une cartouche le mercredi avant de jouer le samedi, non. Ce n’est pas possible et pas normal. Par contre, boire un coup avec les copains après un match, bien sûr qu’il faut le garder. Et je ne l’ai peut-être pas assez fait dans ma carrière.

Dans ce rugby-là, on n’a plus le temps de se battre non plus…

Malheureusement, non. Mais l’intensité est tellement forte que tu as de quoi te faire mal sans te battre ! Mais c’est vrai que toutes ces caméras, toutes ces vidéos, tous ces ralentis, font que tu ne peux plus rien faire… L’autre jour, à Lyon, je m’accroche, et j’entends qu’après, il y a vidéo pour voir s’il n’y avait pas eu un geste illicite. Finalement, ça n’a rien donné, on s’était juste tiré les maillots. Et voilà… Et moi, ce qui me fait encore plus râler, c’est que maintenant, tu as des mecs qui sont sur leur canapé, qui regardent le match et si l’arbitre ne t’a pas pris, ils peuvent te citer après. Le mec, il n’a jamais joué au rugby, je suppose (il s’emporte). Pour peu, il est avec ses copains et il boit un coup. Ça, c’est des trucs que je ne comprends pas. Mais bon, c’est comme ça. Et après, tu montes à Paris. Et pour y être monté quelques fois, à la tête du client ils te mettent ce qu’ils ont envie. Ça, maintenant, je n’ai pas de problème à le dire. Ils te font croire que tu ne vas rien prendre et au final, tu prends trois semaines. Pour rien. Quand d’autres prennent quinze jours ou une semaine pour des gros « pets ». C’est incompréhensible. Donc oui, tu ne peux plus te battre. Alors bien sûr, au niveau de l’image, pour les enfants notamment, ce n’est pas bien. Mais bon, une petite échauffourée, ça ne fait pas de mal.

Tu penses que ça fait partie du rugby ?

Oui. C’est pour ça que nous, les vieux briscards comme Arnaud Méla, Mamuka Gorgodze, Jamie Cudmore, je pense qu’on va manquer quand on va tous arrêter ! Bon, certains ont déjà arrêté. Ça fait partie du folklore. Moi, quand je m’étais accroché avec Arnaud Méla dans le couloir à Brive, il y a quelques années, on m’en reparle encore. On me demande : « C’est quoi la vraie histoire ? ». Ça reste entre nous… Mais ça, tu ne peux plus le voir ! S’accrocher dans le couloir, tu peux être radié.

« Tout ça va me manquer mais j’ai été vraiment chanceux »

Pour revenir au Stade Toulousain, est-ce que tu enfiles plus qu’un maillot quand tu joues ?

Oui… Encore dernièrement, je me suis dit : « Putain mec, c’est le maillot du Stade que tu as sur les épaules ». Je ne veux pas tout le temps me répéter, mais oui c’est un rêve pour moi et je sais la chance que j’ai de pouvoir porter ce maillot, avec tout ce qui a été fait avant au Stade, tous les titres qu’ils ont. Pour moi, c’est le Barça du rugby. Et je vais y finir ma carrière. Et en plus, à titre personnel, si je peux finir sur un morceau de bois, c’est l’apothéose. Toute la bringue que je n’ai pas faite pendant quinze ans, je vais la faire pendant un mois, ça je vous l’assure (rires).

Qu’est-ce qui te rends optimiste sur vos chances ?

C’est quelque chose que je dis souvent à mes coéquipiers : tu prends n’importe quelle équipe par rapport à nous, et bien moi sur le papier je ne change personne. A part moi ! Je le dis souvent en déconnant. Tu prends l’équipe-type du Stade Toulousain, par rapport à celle de Clermont ou un autre club, on n’a rien à leur envier. Les joueurs ne se rendent pas compte de l’équipe qu’on a. Franchement. Et quand on prend conscience de tout ça, ça donne par exemple le match face à Clermont (remporté 28-18 à domicile début octobre). Ils venaient pour gagner, derrière ils avaient la Coupe d’Europe et ils sont passés à la trappe. Donc on peut le faire. Et quand on a décidé de le faire, on le fait. Mais par contre il faut être constant.

C’est bientôt la fin pour toi. Il te restera quoi de toutes ces saisons ?

Je pense que j’ai eu de la chance de pouvoir vivre pendant toutes ces années de ma passion. Et d’avoir pu jouer avec des stars, des grands joueurs. D’avoir pu croiser tous ces joueurs et de finir ici, c’est que du bonus. Alors je me le suis « pelé », mais quand tu t’arrêtes comme j’ai fait pendant trois mois, tu te rends vraiment compte que ça manque. Le vestiaire manque. Tous les potes manquent. Tout ça va me manquer mais je retiendrai que j’ai été vraiment chanceux.

Donc si on revient te voir dans un an, tu seras où ?

Dans mon restaurant à Biarritz, à côté du Rocher de la Vierge. Avec vue sur mer. Je sais que pas mal de monde viendra me voir, donc ce sera avec plaisir que j’accueillerai les gens.

Tu vas donc continuer à distribuer des marmites…

Oui, voilà. Mais pas celles que j’ai distribuées pendant tant d’années ! D’autres… (Rires)   

A voir aussi >> XV de France: les staffs du Top 14 ont répondu à l’appel de la FFR

http://rmcsport.bfmtv.com/rugby/david-roumieu-les-vieux-briscards-on-va-manquer-1343336.html

0 Comments

Leave a Comment

Login

Welcome! Login in to your account

Remember me Lost your password?

Lost Password