Christophe, c’est quoi, mettre sa patte sur son équipe quand on est manager?

Pour moi, la première des choses, essentielle, c’est de travailler avec des gens avec qui tu es en confiance. Donc mettre ma patte sur le Castres Olympique, c’est travailler avec des gens avec qui j’ai envie de travailler. C’est le premier point. Je l’ai bien vu quand je suis arrivé, on n’avait pas changé certaines choses et finalement, on n’était pas sur les mêmes fonctionnements. Et le staff n’a pas le droit de ne pas être sur les mêmes fonctionnements. Il faut que tout le monde soit uni, qu’on avance dans le même sens. On a le droit de ne pas être d’accord, mais on lave le linge sale en famille et après, une fois qu’on s’est dit les choses, on avance ensemble. Devant les joueurs, il faut avoir une belle posture. Le deuxième point, c’est être capable de mettre en place, non pas une méthode parce que je n’ai pas de méthode particulière, mais un état d’esprit. Faire en sorte qu’il soit le meilleur possible, avec des mecs de qualité. Parce que dans le sport de haut niveau, il faut des mecs de qualité. Que ces gens-là fonctionnent bien ensemble en se disant : qu’est-ce qu’on défend ? Qu’est-ce qu’on veut faire de notre saison ? Et d’avoir un collectif sacré. On est tous ensemble pour que le collectif fonctionne bien. Et à travers ce collectif, les meilleurs joueurs seront encore meilleurs. Et non pas le contraire. Ce n’est pas ma façon de voir les choses. On n’entre pas dans le rugby en associant les talents. Je n’y crois pas. Pas dans notre sport. Pas dans la durée.

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Si je te dis que Castres, c’est un peu le village d’irréductibles Gaulois, ça te rend fier ou ça te gonfle ?

Ça me rend fier. J’aime ça ! Mon parcours est un peu comme ça. Quand tu pars de Castres, que tu vas à Bourgoin, à l’époque où Bourgoin faisait partie des grosses écuries du championnat… Quant à « Oyo », n’en parlons pas. Je reviens à Castres mais j’aurais pu aller ailleurs. C’est un peu cet état d’esprit. Moi, j’aime bien taper les mecs qui sont meilleurs que moi. Ou les équipes qui ont plus de moyens que moi. C’est un vrai plaisir, ma façon de trouver du plaisir dans mon job. Et là, on est servi quand même. Parce qu’il y a beaucoup d’équipes plus riches que nous et bien meilleures que nous. Mais sur une saison, sur un état d’esprit, on est capable d’être à la lutte.

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Est-ce que ça n’implique pas un plafond de verre au niveau des résultats, par rapport aux plus gros clubs ? Vous avez été deux fois barragistes, est-il possible de faire mieux ?

Oui, je crois. L’année dernière, on a fait une très belle saison. Autant la première, on fait un barrage contre Montpellier, mais on arrive en bout de course après beaucoup de hauts et de bas. La saison passée, on est allé crescendo. On était très difficile à battre. Et je me souviens très bien du dernier match à Toulon, où ça s’est joué à très, très peu. Avec un peu plus de réussite, on pouvait passer ce match. Et on a montré une belle image. On était là, dans le combat, dans la qualité de notre jeu, dans la qualité de nos joueurs. Je crois qu’il y a la possibilité de faire mieux. Après, effectivement, c’est un savoir-faire, une unité, une cohésion. Travailler ensemble. Notre métier, c’est la connaissance des hommes. Parce que dans le rugby, tu peux me parler de tout, mais il appartient aux hommes. Ce sont les hommes qui font le rugby, pas un système. Ce sont eux qui sont sur le terrain. Donc c’est possible et je crois que Castres le démontre depuis plusieurs années.

Parlons de toi. A quoi ressemblent tes journées de manager?

(Il souffle) Rien de bien passionnant pour les gens de l’extérieur ! C’est plutôt boulot, dodo. Mais je me régale là-dedans. Moi, le rugby, c’est ma vie. J’ai fait une formation agricole, mais j’aime le rugby comme c’est pas possible. J’aime entraîner les joueurs, les manager. Etre au milieu d’eux, ça me plaît, ça me passionne. C’est ce qui fait que je me lève tous les matins avec la banane. Même si, des fois, je ne suis pas content, comme après ce week-end où on en prend cinquante au Munster. Mais en même temps, comment on réagit à ça ? Comment on rebondit ? Comment on arrive à tout remettre en route ? C’est ça qui me passionne. Donc mes journées, c’est : je pars de chez moi, il fait nuit, j’arrive au Lévézou (le centre d’entraînement du Castres Olympique, ndlr), il ne fait pas encore jour, je repars du Lévézou, il fait nuit, et j’arrive chez moi, il fait encore nuit (il sourit).

Ce poste est-il usant ? Arrive-t-on à laisser tout ça en dehors une fois qu’on est chez soi ?

Non. Jamais. Mais ce n’est pas un problème pour moi. C’est plus un problème pour ma famille peut-être. Moi, quand j’arrive chez moi, je bosse. Je suis construit comme ça. J’ai besoin de ça. Dans une période difficile, pas de résultats ou des problèmes de conflits, je travaille. J’essaye de trouver les solutions par le travail. J’ai toujours fonctionné comme ça. Le soir, je fais tout ce que je n’ai pas eu le temps de faire dans la journée. Et par exemple, j’adore faire la vidéo très tôt le matin. Petit, j’étais debout très tôt le matin. J’aime faire la vidéo quand il n’y a personne. J’ai mon chien avec moi et je suis bien. Après, la journée, c’est la tempête. Il y a toujours un truc à régler. La presse, la gestion du groupe, du staff, la blessure, l’organisation, les terrains sont mouillés « qu’est-ce qu’on fait »… Ça, c’est le quotidien, le tourbillon, la tempête. Après, il faut parfois savoir se poser, sortir la tête du guidon. Là, on travaille sur les mois qui arrivent, l’intersaison, le recrutement. Ça, je le fais chez moi, posé, tranquille. Comme la vidéo.

A quelle heure sonne le réveil le matin ?

J’aime travailler tôt le matin. Donc il sonne à quatre heures. Je dors peu. Quatre, cinq heures. Mais ce n’est pas un problème pour moi. Je suis comme ça. Ce n’est pas « il bosse bien, il a de bons résultats ». Non. Tu peux te lever à quatre heures, beaucoup bosser et avoir des résultats de merde. Ça n’a rien à voir. Ce qui est important, c’est le « planchot ». Mais moi, je n’ai sûrement pas le talent pour aller vite. Et improviser, je ne sais pas le faire. J’ai l’impression de mal faire mon boulot. Et j’aime quand les choses sont bien faites.

Si on évoque ta communication, il y a un style Urios. Une certaine forme de communication, de la faconde. On arrive à rester spontané et ne pas se laisser enfermer dans cette image ?

Je suis spontané. Je dis les choses comme je les ressens. Alors parfois, c’est un peu cash. (Il prend un air un peu mondain) C’est : « Il n’aurait pas dû dire ça ». C’est moi. Les gens qui me côtoient, notamment mes enfants, ça les fait rire. Ils savent que je suis pareil à la maison. Je ne calcule pas. Par contre, je prépare les choses. Toutes mes interviews sont préparées. Je sais, non pas ce que je vais dire, mais où j’en suis. Je connais les messages que je veux passer. Notamment à travers mes joueurs, évidemment. Mais ça reste très spontané. Je ne joue pas un rôle. Je ne suis pas un comédien moi. C’est un peu le problème de notre rugby d’ailleurs.

C’est-à-dire ?

Ce que je veux dire, c’est qu’aujourd’hui dans notre rugby, tout ça, ça se perd. Je suis désolé de le dire. Ça devient bling-bling, très individualiste. Chacun pense à son cul. Pour moi, ça devient insupportable. C’est pour cette raison par exemple que j’adore cette équipe du Munster. Parce que c’est l’opposé de tout. Attention, il y a plein d’autres projets comme ça. Chez eux, c’est les mecs du coin. J’ai adoré ce qu’a dit Donnacha Ryan quand il a affronté son ancienne équipe avec le Racing : tu croises le boulanger, tu croises untel… Mais c’est ça le rugby ! C’est ça. Pour moi, le rugby c’est simple. C’est des mecs qui jouent simplement, avec des potes, qui vont à la bagarre parce que c’est dur. Et aujourd’hui, on est en train de l’enrober de choses qui ne me plaisent pas. Alors si j’ai envie de dire merde, je dis merde. Si j’ai envie de mettre un doigt sur le visage d’un mec, je mets un doigt sur le visage d’un mec (il l’a fait avec Fabien Galthié, ndlr). Même si ça me coûte quatre matchs en tribunes.

Tu es en fin de contrat en juin 2019. Quel est ton avenir ?

Ce n’est pas ma préoccupation en ce moment. Ça va mettre mon président en colère… parce qu’il veut que je prolonge. Je suis très bien à Castres aujourd’hui. Je suis heureux dans ce que je fais. Mais pour m’engager quelque part, j’ai besoin d’avoir les idées claires dans ce que je fais. Non pas parce que je cherche ailleurs. Ce n’est pas mon fonctionnement. Il faut juste trouver le bon moment pour prolonger ou pour dire « je ne reste pas pour telles raisons ». Aujourd’hui, on est en pleine réflexion. Il y a eu beaucoup d’entretiens avec Pierre-Yves Revol. Le projet est en train de se mettre en place, j’ai besoin de le mûrir. En famille d’abord, mais aussi moi, de mon côté. Et ce n’est pas encore le cas. Je n’ai aucune raison de penser que je serais mieux ailleurs. Mais il faut juste que je pense que je serais bien à Castres aussi. Et aujourd’hui, je suis plus préoccupé par la venue du Racing. Et pas par mon avenir.

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